mardi 31 mars 2009

The Elsewhere Chronicles

Pendant qu'en France une majorité de benêts va s'amuser à coller des poissons en papier (faut espérer !) plus mal dessinés les uns que les autres sur le dos de pacifiques badauds (là aussi faut espérer... collez m'en un et vous verrez !!) qui feront semblant de s'être fait avoir, les trois premiers tomes de "Les Enfants d'Ailleurs" sortiront officiellement aux Etats-Unis ce premier avril 2009 sous le titre "The Elsewhere Chronicles". Editée par Lerner Publishing dans la collection Graphic Universe et sous la férule de Carol Burrell (elle même auteur du web comics SPQR Blues sous le pseudo Klio), la série va donc connaitre une nouvelle aventure que nous espérons pleine de promesse. A suivre ou plutôt... to be continued...

PS : Si vous avez plus de 16 ans et que vous êtes adepte du poisson d'avril... non rien, laissez tomber !!

dimanche 29 mars 2009

Les carnets d'exploration du Père Gab : extrait#03


Après une première observation de l’ensemble, je compris assez facilement le cheminement narratif des dessins. A l’instar des bandes dessinées, que j’ai toujours sciemment ignoré tant je trouvais discutable leur contenu et leur intérêt, la mise en scène était un savant jeu d’assemblage de vignettes qui cheminait le plus naturellement du monde pour offrir, au lecteur attentif, une histoire sans équivoque.

Tout commençait par une scène impudique. Une femme ravissante, dessinée avec un réalisme à faire rougir les plus libertins d’entre nous, dévoilait son corps superbe à un ange. C’est du moins comme cela que je le décris en rapport avec ma propre culture judéo chrétienne. Un homme nu, beau et bien fait portant dans le dos une paire d’ailes déployées aux plumes d’une blancheur incandescente. L’ange tendait la main à la superbe femme que, je l’avoue, j’avais bien du mal à ne pas regarder tant elle était envoûtante. J’insiste sur ce point afin de bien faire comprendre à quel point le dessin était maîtrisé. L’ange et la femme s’envolaient au dessus d’un paysage luxuriant. L’arrière plan de ce dessin, qui décrivait donc ce paysage paradisiaque, était proprement renversant de beauté. Et quelle maîtrise technique. N’importe quel historien de l’Art vous aurait expliqué qu’il respectait les célèbres préceptes établis par Léonard de Vinci. Les avants plans avaient des contours nets et des couleurs vives. Plus le décor s’éloignait et plus les contours s’effaçaient finement et les couleurs palissaient créant ainsi un effet de profondeur parfaitement maîtrisé. Le dessin suivant était une scène d’amour se déroulant dans le ciel. Dénuée de voyeurisme, elle était limpide dans ses intentions. Evoquer le plus beau sentiment du monde sans en dénaturer l’acte. La femme et l’ange s’aimaient. La scène suivante démontrait que le ou les créateurs de cette fresque maîtrisaient aussi l’art consommé de l’ellipse. En digne logique romanesque, la femme était enceinte, debout à observer un paysage en feu. A l’arrière plan, un volcan sortait de terre crachant une lave incandescente incendiant le paysage féérique. La scène suivante était déchirante. La femme enceinte marchait péniblement dans un paysage détruit, en feu. Puis, elle s’écroulait sur un sol qui s’ouvrait sous les tremblements du volcan. Réellement ému tant la perfection du dessin me plongeait dans l’histoire, je redoutais de découvrir la suite. J’y vis l’ange aimant tombant du ciel, touché par une boule de feu crachée par la gueule rougissante du volcan. Se relevant péniblement, les deux ailes cassées, l’ange devait faire face à d’horribles sauriens – ressemblant très fortement au rare Ykatomp dont je vous parlerai bientôt – surgissant du plus profond de la terre. Bien que combattant courageusement, l’ange perdait le combat. Grièvement blessé, il finit pas succomber et être dévoré par les Ykatomp toujours plus nombreux. Le récit se recentrait alors sur la femme. Incapable de lutter, elle allait être dévorée à son tour quand, descendant du ciel, sept anges surgirent et la protégèrent contre les sauriens. Deux d’entre eux l’attrapèrent pour l’extraire de cet enfer. Les cinq anges restants luttèrent deux jours durant avant de succomber à leur tour sous les assauts successifs des Ykatomp toujours plus nombreux. Ce récit, obscur pour le profane que j’étais, terminait au cœur même de la terre. La femme pénétrait dans une salle souterraine. Les deux anges accompagnateurs s’immobilisaient au centre de l’unique passage et se transformaient en statue de pierre scellant ainsi le lieu. La jeune femme s’agenouillait au centre de l’espace dorénavant clôt pour pleurer. Des larmes noires coulaient sans fin le long de ses joues ainsi souillées. Noyée dans un lac noir créé par sa détresse, son chagrin, la femme disparaît.

Que penser de cette étrange histoire ? Une parabole contant la destruction d’une tribu qui vivait autrefois en ces lieux alors paradisiaque. Le volcan du récit que j’identifiais tout de suite au mont Tresok a très certainement détruit ce pays lors d’une de ces terribles activités le transformant aujourd’hui en un désert de boue infréquentable. L’imaginaire, les croyances d’un peuple très porté sur les arts auront inventé une intervention divine là ou la nature a simplement rappelé sa toute puissance. Une histoire tragique mais pas si rare dans l’histoire de notre humanité. M’extirpant de mes réflexions de plus en plus envahissantes, mon pragmatisme atavique repris aussitôt le pas. Je devais absolument immortaliser cette fresque digne des chefs d’œuvre du Quattrocento. Ce sentiment excessif, j’en conviens, aurait certainement choqué plus d’un historien d’Art qui, en digne gardien du temple, m’auraient certainement renvoyé à mes très chères études comme il est de coutume de dire. Cependant, je ne triche pas en exprimant l’état émotionnel dans lequel j’étais en découvrant cette œuvre que j’avais sciemment déclaré envoûtante.

En me réveillant, j’avais remarqué la présence de mon sac à dos dans un coin de la grotte. Mon appareil photo ne semblait pas avoir souffert de ma mésaventure et je ne perdis pas de temps à le sortir pour photographier la fresque. J’étais alors fermement décidé à quitter ce lieu qu’une fois après avoir photographié chaque scène. Malheureusement, tel un haut lieu sacré, la grotte semblait bénéficier d’un charme protecteur pour la sauvegarde de ses trésors picturaux. Au moment où mon flash retentit en un bruit sourd en libérant sa lumière aveuglante, je découvris avec horreur qu’il détruisait les pigments de couleur de la fresque. Les bleus furent les plus touchés perdant indéniablement de leur pureté. Les verts aussi se dégradèrent modifiant ainsi leur teinte. Effrayé par ce que je venais de faire, j’en fus dans un premier temps abattu. En une fraction de seconde, ma lumière impie avait dégénéré un trésor inestimable venant d’un autre temps, d’un autre monde. Il était hors de question de reprendre une autre photo et pourtant, j’étais tout aussi fermement décidé à ne pas laisser derrière moi une telle œuvre d’un passé mystérieux. Puisqu’il semblait que j’étais en sécurité dans cette grotte et qu’il me restait de quoi me restaurer, je décidais d’y rester et de reproduire la fresque. Equipé d’un simple carnet et d’un crayon d’encre noire, je pouvais au moins tenter de recopier ce que mes yeux voyaient mais ce que mes mains, à n’en pas douter au vu de mon faible talent, trahiraient.

Combien de temps suis-je resté dans cette grotte ? Deux jours et deux nuits. Reprenant sans cesse mes dessins sans jamais parvenir à reproduire le trait, je finis par utiliser la technique du décalquage qui me prit un temps fou. Suffisamment fines pour laisser apparaître les traits les plus épais du dessin original, je déchirais les feuilles de mon cahier afin de les plaquer contre la paroi et, tel un élève désireux de faire du mieux possible, je suivais, avec une fidélité enfiévrée, traits et courbes de chaque scène. Deux jours et deux nuits pour parvenir à achever la première partie de ce travail de reproduction. Car bien qu’épuisé par l’expérience, j’étais toujours décidé à revenir en ces lieux pour cette fois mettre en couleur. J’avais été si absorbé par mon travail que j’avais à peine mangé. Mon mystérieux démon guérisseur avait fait plus que de me remettre en état. Il m’avait transcendé à tel point que je l’avais oublié. La découverte de la fresque m’avait totalement extraie de ma peur, de l’horrible souvenir de l’insecte tentant de pénétrer dans ma bouche. Sans doute sous l’influence d’une drogue, j’avais perdu toute notion de temps. Alors que j’aurais dû quitter ces lieux plus vite qu’un chien quittant un chenil, j’y étais resté comme englué par un sort, par une magie douce et blanche. Mais maintenant que je considérais mon travail comme achevé, pour un temps du moins, l’envie de quitter cette grotte protectrice qui m’avait préservé des marais d’Ysol se faisait de plus en plus pressante. Jetant un dernier regard à la fresque, je sortais pétri d’un sentiment religieux, moi l’agnostique. A l’entrée de la grotte, je découvrais un buisson de plantes diverses visiblement fraîchement planté. Je découvrais beaucoup plus tard que ces plantes avaient le pouvoir d’écarter la faune dangereuse des marais. Je compris vite que ce buisson avait été planté pour ma protection. Les traces de pas de trois, peut-être quatre hommes, figés dans la boue me fit comprendre que le marais était réellement habité. Aussi incroyable que cela puisse paraître, des gens vivaient quelque part cachés au coeur d’Ysol. Mes sauveurs.

Lorsque je reviendrai dans la grotte comme je me l’étais juré, je rechercherai ces hommes. Mais pour l’heure, je n’avais plus qu’une hâte, rejoindre le lac Vior.

Alors que je m’éloignais du monticule calcaire dans lequel avait été creusée la grotte, je remarquais d’autres ouvertures. Se pouvait-il que d’autres grottes existent ? Et dans l’affirmative, renfermaient elles aussi des fresques ? Cette dernière découverte, basée sur une simple supposition, excita de nouveau mon esprit et je dus lutter contre moi-même pour ne pas y retourner immédiatement. Si d’autres fresques il y avait, elles seraient une découverte considérable capable de m’apprendre plus sur ce monde étrange que cent ans d’exploration.

16 avril 1963 - Gabriel Delille

jeudi 26 mars 2009

Les carnets d'exploration du Père Gab : extrait#02


En m'avançant trop près des œufs, j’avais mis en éveil l’instinct féroce d’un insecte que je n’avais su voir. S’extirpant discrètement de l’œuf brisé qu’il venait de dévorer, l’horrible insecte - un syfar - ressemblant à une scolopendre mais en quatre fois plus gros et de couleur gris pale, s’avança vers moi à toute allure. Je n'eus même pas le temps de réagir que l’insecte monta le long de ma jambe et, visiblement à la recherche d’un espace de peau nue, sauta sur ma main droite pour y enfoncer puissamment ses forcipules gorgés de poison. Je fus immédiatement irradié par une douleur si aiguë que j’en eu des bourdonnements d’oreilles comme si un obus venait d’exploser à mes pieds. Paralysé, pris de nausée, je me souviens encore être tombé comme une masse dans la boue si mal habitée. Incapable de réagir, la douleur semblant fissurer mon crâne, je voyais l’insecte immonde ramper jusqu’à mon visage. Et alors qu’il se cabrait avec l’intention de s’enfouir dans ma bouche grande ouverte et paralysée, le syfar fut happé par un griffeur qui se tenait juste au dessus de moi. Ce fut la dernière image que mon cerveau accepta d’enregistrer avant que je ne m’évanouisse une première fois.

J’ignore totalement combien de temps j’ai pu rester allongé dans la boue. A mon premier réveil, je grelottais. De froid sans doute, mes vêtements étant alors imbibés d’humidité, mais aussi en réaction au poison injecté par l’insecte. Me rappelant alors ce que je venais de subir, je pris peur. Etre allongé ainsi dans la boue faisait de moi une proie rêvée. Et d’ailleurs, comment se faisait-il que je sois encore vivant ? Le regard embrumé dans un premier temps, je parvins finalement au terme d’un effort me coûtant un puissant mal de tête, à recouvrer une vue floue mais suffisante pour évaluer ma situation. Le spectacle qui se déroulait alors sous mes yeux était proprement ahurissant. Pour ce que je pus en juger car tourner la tête m’était absolument impossible, des griffeurs s’étaient rassemblés autour de moi. J’en voyais quatre mais devinait sans mal par leurs cris déchirants qu’ils étaient au moins aussi nombreux derrière moi. Frénétiquement, huit, peut-être dix griffeurs frappaient le sol de leurs pattes naturellement protégées et de coups de bec stoppant ainsi l’avancée des nombreux prédateurs rampants ou grouillants excités par ma chair. Aussi incroyable que cela puisse paraître, les griffeurs avaient organisé tout autour de ma pauvre personne un barrage empêchant le moindre animal de venir se repaître de mon corps sans défense. Bien sûr, j’étais encore sous l’effet du puissant poison de mon agresseur et il n’est pas sot d’imaginer que je pusse être victime d’hallucinations. Seulement, j’étais en vie. Aucun animal ne m’avait dévoré alors que j’étais à la merci du plus couard d’entre eux.
Instinctivement, sentant quelque force en moi, je me mis à ramper à la recherche d’un hypothétique îlot d’herbe sèche. Et je me rappelle très bien voir les griffeurs suivre mon mouvement créant ainsi une indéfectible protection. Au bout de quelques minutes à ramper dans le marais, à bout de force, je perdis à nouveau connaissance.

Mon deuxième réveil fut beaucoup plus douloureux que le premier. Si le poison semblait avoir perdu de son efficacité paralysante, la douleur, elle, était en nette augmentation. Mes oreilles bourdonnaient à en faire rompre mes tympans, mon cerveau avait décidé de jouer des percussions, mes yeux, que je sentais exorbités, me donnaient l’impression de projeter au plus profond de mon crâne des décharges électriques. L’extrémité de mes membres était si sensible à la douleur que j’avais l’horrible impression qu’ils croissaient mais étaient enfermés dans une prison de chair sur le point de céder. J’étais près à croire que ma peau allait se déchirer pour enfin laisser surgir des membres mutants. Pétri de douleur, je fus incapable de deviner les alentours. J’avais juste l’étrange impression d’être dans un lieu fermé, à l’abri. Mais, c’était évidemment impossible. A moins d’avoir été déplacé. Je retombais rapidement dans le coma.
Le troisième réveil fut le plus étrange et surtout le plus effrayant. Sans avoir vraiment disparue, la douleur s’atténuait. Incapable de bouger, je me contentais d’ouvrir les yeux. Ma vue était floue. Mes sens étaient désorientés. J’entendais un ronronnement étrange. Comme un chant ou plutôt une psalmodie. Soudain, une ombre passa devant moi puis se baissa au dessus de mon corps. Je ressentais aussitôt comme un effleurement sur ma peau. Je me concentrais alors pour corriger ma vue. Je parvenais presque à lisser les formes, à de nouveau être capable de voir. Si j’avais pu crier, nul doute que je l’aurai fait. J’avais face à moi un visage effrayant au sourire démoniaque. Les yeux exorbités, le front grimé ou tatoué, je ne saurai le dire, un démon psalmodiait. J’aurai voulu fermer les yeux surtout lorsque je sentis ma tête être saisie à deux mains. Sans que je fus capable de réagir, le démon m’embrassa goulûment et cracha au plus profond de ma gorge un immonde liquide qu’il devait avoir régurgité depuis un moment. Les mains reposèrent ma tête sur le sol et la litanie obsédante, gutturale, repris de plus belle. Ma vision se brouilla de nouveau comme si mes yeux roulaient de plus en plus vite autour d’un axe central jusqu’à me donner l’envie de vomir. Je perdais toute notion d’espace. L’impression de flotter dans le vide aurait pu être agréable si une soudaine sensation n’était apparue. Mon corps tout entier se mit à trembler et, je l’aurai juré, des vers semblaient s’être introduit dans chacune mes veines, les parcourant avec frénésie. Je n’espérais plus qu’une chose, m’évanouir ! Je fus entendu.

Dormir comme un bébé. Voilà bien une expression que j’ai toujours trouvé ridicule. Comme si, coupable d’avoir grandi, l’enfant devait perdre peu à peu le droit du sommeil du juste. Comme si devenu adolescent, il devait en payer le prix. Comme si devenu adulte, il devait renoncer à l’innocence des sentiments et à la naïveté sécurisante de la pensée infantile. D’ailleurs, ce mot même, infantile, n’est-il pas la preuve du rejet obscur de son enfance. Est infantile ce qui ne peut être sérieux. Et pourtant, combien d’adulte espère secrètement chaque nuit dormir d’un sommeil de bébé. Un sommeil profond bercé d’une totale tranquillité, d’un inviolable sentiment d’immunité et de sécurité absolue. C’était là le sentiment que j’éprouvais lors de ce quatrième réveil. Mon corps était apaisé, sans douleur. Ma respiration calme. Tel un enfant au réveil, j’ouvrais les yeux sans imaginer que j’allais quitter dans la seconde le monde féerique de mes rêves. A peine avais-je ouvert les yeux que la réalité brutale m’assena un coup dont elle a le secret. Pris de panique, j’inspirais fortement avalant par la même de la poussière qui me fit tousser, cracher. A genoux tentant de reprendre mon souffle, je fus surpris de ne ressentir aucune douleur. Tout au plus une très vague sensation presque douce dans le crâne. Sans même me lever, je regardais autour de moi pour découvrir que j’avais été déposé dans une grotte. L’entrée n’était qu’à une dizaine de mètres et le peu de lumière du jour qui transperçait tant bien que mal un ciel bas et gris suffisait à éclaircir les parois de la grotte. Je remarquais aussitôt les nombreux dessins qui décoraient la pierre naturelle. Je fus fort surpris de me lever sans mal. Je peux même dire que j’étais dans une forme olympique. Combien de temps avais-je ainsi dormi pour me sentir aussi bien ? Je n’avais certainement rien mangé depuis des heures et pourtant je me sentais prêt à gravir la plus haute des montagnes. Aussitôt, je me rappelais l’horrible concoction que le démon – comment l’appeler autrement ? - m’avait fait avaler après l’avoir lui-même régurgité. Le souvenir de ce liquide chaud et visqueux coulant dans ma gorge me donna aussitôt un terrible haut le cœur. Pour ne pas tomber, je plaquais mes deux mains contre la paroi, bras tendu et tête baissée afin de vomir. Mais ce n’était qu’une intense et horrible sensation. Mon corps, de nouveau vigoureux, refusait d’obéir à une sensation purement subjective. Redressant la tête, je vis de plus près un des dessins de la paroi. Je fus très surpris par la maîtrise de l’artiste. Ce dessin était une splendeur. Un chef d’œuvre à n’en pas douter. Sans être un grand spécialiste de l’art, je sais reconnaître une croûte d’une œuvre d’intérêt et d’un chef d’œuvre. Face à moi, j’observais un œuvre somptueuse. Pour mieux la juger, je reculais de quelques pas et découvris les nombreux autres dessins qui recouvraient la paroi. Une fresque racontait une histoire à première vue brouillonne. Mais comme pour la qualité intrinsèque du dessin, je compris rapidement qu’une mise en scène savante avait été patiemment élaborée. Chaque dessin respectait les proportions et, plus incroyable encore, les perspectives. Des couleurs fines, délicates donnaient vie aux personnages, aux animaux, aux plantes. Une telle maîtrise paraissait inconcevable en un tel endroit. Pourtant, indéniablement, j’étais subjugué par une fresque digne des plus grands artistes de l’histoire de l’art qui s’étalait devant moi… au cœur d’un monde inconnu… Perdu dans un marais infernal.

A suivre...

dimanche 22 mars 2009

Les carnets d'exploration du Père Gab : extrait#01


Les carnets d’exploration de Gabriel Delille
16 avril 1963 – les griffeurs –

Ma première rencontre avec les griffeurs fut une redoutable expérience qu’il m’est encore aujourd’hui, quelques 20 années plus tard, difficile d’évoquer sans tressaillir. Nombre de fois, j’ai manqué de périr lors de mes explorations. Et j’ai depuis bien longtemps perdu le compte de mes multiples blessures pour beaucoup dues à des erreurs de jugement. Je crois même avoir oublié de retranscrire certaines de mes déconvenues tant j’ai vécu d’histoires, les unes faisant oublier les autres.

Mais cette expédition fut sans doute une des plus traumatisantes expériences vécues. Et il n’est pas rare que je me réveille encore brusquement la nuit, trempé de sueur, m’échappant d’un cauchemar qui fut une réalité ce 16 avril 1963.

C’était la première fois que je m’aventurais dans les marais d’Ysol. Un territoire difficile d’accès, cachant mille dangers, d’une largeur d’environ 30 km dans sa partie septentrionale et d’une longueur, au plus court, d’une vingtaine de kilomètres mais atteignant les 45 kilomètres dans sa partie la plus longiligne. Gorgés par les eaux du lac Tirubion au nord et le lac Vior au sud, les Marais d’Ysol sont inhabitables pour l’être humain. C’est du moins ce que je croyais alors.
Infestés de moustiques gros comme un pouce et d’innombrables serpents dont le mortel Queue Rouge, capable de tuer un homme en moins de 10 secondes, les marais ne sont d’aucun intérêt pour l’homme. Les eaux saumâtres sont gorgées de soufre en direct provenance du mont Tresok, un volcan en demi activité au sud-est des marais, rendant impropres sa consommation et stérilisant n’importe quelle bonne terre, eussent-elles existé en un tel endroit.

Dès le début de cette première exploration au cœur de ce territoire repoussant et malodorant, je me persuadais très vite que je n’y découvrirais rien d’utile. Mon unique but était alors de traverser les marais afin d’atteindre le lac Vior. Une sorte d’expédition inutile ne servant qu’à démontrer une fois de plus la fatuité inhérente à tout explorateur manquant de l’humilité la plus élémentaire. Je me sentais capable de gravir la plus haute des montagnes, de traverser le plus vaste des océans et, pourquoi pas, de parcourir les entrailles obscures d’une terre inconnue.
Pataugeant depuis près de trois heures dans une boue charriant cadavres pourrissants et effluves étouffants, et perdant peu à peu de mon esprit conquérant, je découvris un bien curieux animal qui détonnait dans ce paysage lugubre où même le soleil était incapable de rehausser la moindre couleur. Je l’appelais par la suite le griffeur. Sorte de cousin éloigné de l’autruche, le griffeur est un oiseau atteignant facilement les 3 mètres de hauteur. Pourvu de trois griffes à chaque pied d’une taille impressionnante, rehaussées d’une sorte de botte en corne épaisse et calleuse proche d’un mètre de longueur desquelles sortaient des cuisses à l’apparence frêle, le griffeur, ainsi protégé, ne craignait nullement les morsures des Queues Rouges et autres reptiles venimeux. Son corps ovale, paraissant assez mal équilibré, est protégé par un plumage terne bien qu’irisé selon l’angle de vision et surmonté d’un long cou imberbe pour les mâles et apprêté d’une crête violacée et pendante pour les femelles. Un cou si long et maigre proportionnellement au reste du corps qu’à chaque pas de l’animal, je craignais de le voir se briser en plusieurs endroits. Ses ailes atrophiées, vestiges inutiles d’une évolution Darwinienne, me poussaient à croire que parfois la nature pouvait se montrer facétieuse. Animal dégingandé, carnavalesque, le griffeur se révélait être un simple promeneur oisif en apparence à la démarche hypnotique due à l’irrépressible mouvement de balancier de son cou trop long et curieusement courbé. Jamais je ne l’ai vu sauter ou courir et encore moins voler. Je me rappelle d’ailleurs m’être dit que si ce volatile lourdaud avait eu des ailes capables de le soulever du sol poisseux des marais, nul doute qu’il en aurait profité pour quitter ces lieux hostiles. Mes longues années d’explorateurs m’apprendront peu à peu à bannir de mes pensées ce genre de remarques aussi incongrues et stupides qu’une flèche dans le canon d’un fusil.

Avec pour seul prédateur le très rare Ykatomp, un saurien digne descendant reptilien du Dimétrodon, l’oiseau ne se soucie finalement guère de sa sécurité et se contente de se déplacer lentement d’un pas chaloupé presque gracieux. Ma première approche fut très prudente. Le griffeur est pourvu d’un bec étroit mais suffisamment épais pour trancher un bras au plus musclé des Zumas, tribu guerrière s’il en est. Ses gros yeux globuleux, protégés par une unique paupière épaisse et granuleuse, sont capables de tourner selon un angle de 180° ce qui rend toute approche discrète parfaitement illusoire.

Inquiet de la réaction du volatile, j’avançais timidement non sans avoir oublié d’armer mon fusil. Peu farouche, l’animal se désintéressait totalement de ma présence. Visiblement, je ne le gênais pas et il ne montrait aucun signe de curiosité à mon égard. A y repenser, mon accoutrement d’explorateur patenté devait lui sembler bien grotesque. Au bout d’une heure d’observation franche, je pris confiance allant même jusqu’à ranger mon fusil dans sa housse.
Ce monde auquel je ne parvenais pas à donner un nom – car je me refusais ce droit inique que s’octroie chaque explorateur découvrant une terre nouvelle – dissimule d’innombrables secrets qui se révèlent bien souvent de mortels dangers pour celui qui avance les mains plaquées sur les yeux. Et une fois de plus, alors qu’il me paraissait évident que je maîtrisais la situation, ce monde, si pudique à l’exploration, se vengeait de mon manque de soumission.

Observant avec intérêt un des ces griffeurs gratter la boue pour en extraire des serpents et des insectes répugnants - une nourriture qu’il semblait apprécier – et alors que je me décidais à faire quelques photos avant de reprendre ma route, je remarquais trois œufs d’une taille peu commune à demi enfouis dans la vase malodorante et tiède. Abandonnés, l’un des œufs étant d’ailleurs cassé, je ne pris guère de précaution pour m’en approcher. Aussitôt, un griffeur se mit à hurler et à gratter le sol avec rage. Les tympans brisés par ce cri désagréable aux accents métalliques, je pris la menace très au sérieux et reculait de quelques pas. Bien que les œufs semblaient pourris, le griffeur que je prenais pour la mère – les femelles étant reconnaissable grâce leur appendice violacé situé le long du cou – était décidée à les protéger au nom d’un instinct maternel post-mortem. C’était une erreur de jugement supplémentaire que je faisais là. Une once de réflexion m’aurait incité à éliminer d’office cette hypothèse trop simple, trop évidente pour l’ignorant que je me complaisais décidément à être. Vivant sur une terre aussi hostile, quelle créature aurait eu le loisir de perdre son temps à développer des sentiments aussi peu pragmatiques. La vie animale se soumet à des lois que d’aucun pourrait juger… inhumaines. Et cette fois encore, je me trompais en mettant en avant mes sentiments d’homme alors que je méjugeais la réaction d’un animal dans son environnement naturel. Bien évidemment, je compris trop tard que le griffeur ne me menaçait pas alors que je m’approchais des trois œufs inféconds, mais me prévenait d’un danger que je ne pouvais voir à cause de mon erreur d’interprétation. Seulement, il était trop tard et je le compris bien douloureusement.

A suivre...

jeudi 12 mars 2009

Doleann























Doleann, fière guerrière chevauchant l'irascible Minervale, est une jeune femme au tempérament bien trempé. Belle en diable, on peut aisément comprendre que ce coeur d'artichaut de Noé en soit tombé immédiatement amoureux. Difficile de ne pas se damner pour une telle beauté sauvage.

Cependant, Doleann est un personnage beaucoup plus complexe que ne le laisse supposer les trois premiers tomes de la série où son rôle est assez limité (elle fait office de cavalerie !). Comme nombre de personnages attachants, elle cache une part d'ombre qu'elle aura bien du mal à contenir dans les prochains épisodes (à partir du tome 5 pour être précis). Une beauté fatale en quelque sorte. Et qui s'y frotte, s'y pique !

Son héroïsme certain pourrait cacher une quête peu avouable. Si elle est farouchement décidée à combattre sans relâche le Maître des Ombres, elle mène également un autre combat plus personnel mais peut-être pas moins dévastateur. A l'heure de la confrontation, Doleann pourrait alors s'avérer être un personnage cruel, mû depuis très longtemps par un irrépressible désir de vengeance.

Mystérieuse et farouche, Doleann saura t-elle lutter contre ses propres démons ? Qu'importe ce que le destin lui réserve, elle est, et restera, une héroïne ambigüe à mes yeux et, comme tout personnage un tant soit peu crédible, exempte de tout manichéisme héroïque... et c'est tant mieux !

Voici comment Doleann était sommairement présentée dans la bible :

Redoutable amazone et mystérieuse guerrière, Doleann est la seule ennemie déclarée du Maître des Ombres. Chevauchant son fidèle dragon Minervale, elle n'hésite jamais à se jeter dans la mêlée. Grâce à ses pointes de flèches taillées dans du quartz, elle est capable de blesser les ombres et parfois de contrer leurs attaques en masse. Malgré ses actes de bravoure, Doleann est consciente du peu d'efficacité de son action contre les hordes du Maître des Ombres. L'arrivée des enfants et leur savoir d'un autre monde pourrait modifier le déséquilibre des forces.

Au fait, ne vous êtes vous jamais demandé pourquoi elle parlait aussi bien notre langue ? Mais voilà que j'en dis trop ! Ca veut dire qu'il est temps pour moi de retourner travailler...

PS : Désolé pour cette mise en page chaotique mais l'ergonomie d'un blog est pour le moins contestable... et ajouter à cela que je ne suis sans doute pas assez doué pour amadouer la bête...